lundi 20 octobre 2008

Ma poison


Image : Zurdom http://paradisperdu.unblog.fr


Le sang qui coule dans mes veines
Est celui qu'elle m'a donné
Sans vouloir lui faire de peine
J'aimerais parfois tout vidanger
Me vider de cet héritage
Sans rapport avec l'amour
Provoquant de vils ravages
Dans mon corps qui pèse lourd

Ma mort comme un carré de soie
Un présent pour ma poison
Ce qui lui foutrait les jetons
Serait de crever avant moi

Le remerciement auquel je pense
Pour son cadeau empoisonné
C'est de n'offrir que le silence
A ses élans d'amour surfait
Je l'aime pas je l'aimerai jamais
C'est ma poison c'est mon fardeau
Dites-moi comment amputer
Ca gangrène dans mon ego

Le manque d'amour me désespère
C'est un cadeau pour ma poison
Ce qui lui foutrait vraiment les jetons
Serait que je l'enterre la première

J'ai essayé de résister
J'ai tout fait pour tenir le coup
Bébé déjà je me battais
Je me pliais à ses dégoûts
J'ai essayé de m'effacer
Rien en moi ne trouvait grâce
Gommons, gommons, allez, ça y est
Il ne reste plus aucune trace

Partie comme un baiser volé
Un adieu à ma poison
C'qui lui aurait foutu les jetons
C'est que quelqu'un m'ait vraiment aimée

Raaaah la la...


Les mythes fondateurs de la femme : mariage, maternité, grand-mère

" Malgré toutes les révolutions, les anciens mythes de la femme ont survécu. Les jeunes filles des nouvelles générations, pourtant exposées au divorce, au cynisme des relations humaines et amoureuses, pensent comme les femmes de 80 ans: aimer un homme dans sa vie est l'idéal, l'amour est unique et durable, elles attendent l'homme qu'on aime pour toujours, c'est-à-dire le Prince Charmant. [...]
Tous ces mythes liés à une forme de pureté, d'absolu, presque de naïveté, s'effondrent bien sûr devant la réalité de la vie : le Prince Charmant se vautre devant la télé, le mariage est le lieu où se disputent les familles et belles-familles, la maternité se termine en angoisse domestique où le couple se dispute le nez dans les couches-culottes, la grand-mère est un boulet dont il faut se débarrasser.
Pourtant la femme, quel que soit son âge, retombe amoureuse et se remarie, car telle est la femme : toujours en quête d'absolu. "


E. Abécassis, C. Bongrand - Le Corset Invisible


Super livre, je vous conseille.

J'ajoute quelques petites remarques personnelles:
- le Prince Charmant n'existe pas ailleurs que dans nos esprits formatés par les contes à la noix.

- le mariage prend toute sa dimension lorsque vous décidez de divorcer. Le mariage est une prison de laquelle vous ne pourrez sortir qu'au prix de duels coûteux, de concessions déchirantes, et pour peu que vous ayez des enfants, d'une part de vous que l'ex-prince aura phagocytée à jamais. Vous pensez que le divorce peut vous rendre votre liberté? Point du tout. Que nenni. En signant le registre devant le Maire, vous avez pactisé avec le diable. Votre âme ne vous appartiendra plus jamais totalement.

- devenir mère, c'est génial, mais honnêtement, vu la participation souvent infime du Prince qui n'est jamais au château, vous vous en sortirez aussi bien seule. Avec l'aide de vos copines, bien plus disponibles en fin de compte.

- grand-mère, c'est ce que vous deviendrez aussi un jour, alors autant profiter un max avant de vous changer en vieille peau acariâtre et détestable, recluse dans une maison de retraite en compagnie de baveux de votre acabit. La vie passe vite, et vous êtes aux commandes. Ne laissez pas le soi-disant destin mener la danse, et vous embarquer là d'où vous reviendrez seule et boitillante, si ce n'est carrément cul-de-jatte.
Faites semblant d'y croire, juste assez pour être amoureuse le plus souvent et le plus durablement possible.
L'espoir, c'est bien. La stupidité prend souvent son apparence. Keep lucid.

PS 1/ que mon ex perso ne voie rien de personnellement dirigé contre lui dans cette réflexion.

PS 2/ que celui qui s'est senti visé par l'histoire du Prince vautré devant la télé prenne note de ceci... :
- il n'a pas encore été promu au titre de Prince Charmant ;-)
- se vautrer a deux devant la télé c'est pas pareil
- se vautrer devant la télé hors cadre marital, c'est pas pareil non plus
- s'il veut me donner son adresse email je serai heureuse de lui expliquer très gentiment et très longuement mon point de vue (et c'est pas une sale combine pour me faire sortir de Russie ou de Tchécoslovaquie... d'ailleurs je n'ai pas le physique d'une Yevguenia... mais je parle mieux le français....) lol

Back to black


Will I ever be loved hugely, unconditionnally, with passion and admiration?

Will I ever meet this love I missed when I was a child?

Would I be able to appreciate it if it happened?

Won't I do all my best to destroy and divert it, because all I ever knew is a life without affection?

Will this day come where I'll be able to pronounce this sentence, "Yes, Mum, I love you", without tasting of dirt and trick? Few words, so natural, that make me sick...

I dread realizing that all these questions call only one answer, again and again : NO.

There is an abyss under my skin; it needs love to be filled with, but all the men I meet feel dizzy.

And I have to love me first. I just don't know how to do.

vendredi 10 octobre 2008

Hystérie individuelle

Image from web-libre.org


Pour l'hystérique, le monde est une vaste scène, et les autres, un public à toucher et à séduire.



Notre besoin de nous interroger sur le désir de l'autre, de quêter son approbation - "Que me veux-tu? Que suis-je pour toi? Quelle est ma valeur?" - serait un effet majeur de l'hystérie en nous. La personne qui en souffre, tout en le sollicitant, est rapidement effrayée par ce désir. Pour le mettre à distance et apaiser l'angoisse que lui inspire le sexe, trop réel, trop bestial, elle transforme son existance en vaste théatre où tout n'est que faux-semblants...

Nous rêvons souvent d'être un autre, de changer d'identité... Pour l'hystérique, la méconnaissance inconsciente de son identité sexuelle facilite l'accomplissement de ce rêve! Refusant d'être limitée par le réel, elle revendique le droit d'être qui elle a envie d'être, et enchaîne les rôles. Garçon manqué au réveil, elle devient femme fatale à l'heure de l'apéritif et s'effondre à 22 heures, fantasmant de n'être qu'une loque rejetée de tous. Elle est psychiquement homme et femme, yin et yang, active et passive. D'où ses stratégies amoureuses déconcertantes : séduire activement, s'offrir passivement et s'enfuir dès que l'autre s'approche. Elle érotise les rapports humains les plus anodins. Mais au fond d'elle-même, n'aspire qu'à l'amour pur. Elle ne cesse d'intriguer, de jouer les mystérieuses, mais exige d'être reconnue au-delà des masques dont elle s'affuble.

L'insatisfaction est notre lot à tous, mais la personne hystérique, elle, l'érige en mode de vie, toujours prisonnière de ses rêveries oedipiennes inassouvies. Plus son entourage tente de lui faire plaisir, plus au lieu de se réjouir, elle pense à tout ce qui lui manque. Le jour où, enfin, l'être qu'elle désire lui fait signe, elle cesse aussitôt d'être amoureuse. L'angoisse qui nous étreint parfois à l'idée que, si nous avions tout, nous n'aurions plus rien à attendre de l'existence, prend chez elle des proportions inquiétantes. Elle s'imagine que comblée, elle mourrait d'ennui.

Comme l'anorexie, l'hystérie est très majoritairement féminine.


(Psychologies Magazine juillet-août 2008)


jeudi 25 septembre 2008

Mon premier texte de chanson

Je devais avoir 22 ans, ma soeur revenait du Viet-Nam où elle était allée adopter son fils, et elle m'a raconté, photos à l'appui, ses visites aux orphelinats, quelque peu semblables à des courses au supermarché. Parmi ces photographies, un visage qui ne me quittera jamais...


On a refermé derrière elle
Elle n'a même pas vu le soleil
Le coeur ailleurs, à l'intérieur
Mais un autre l'attend dans une heure

Elle revoit ses yeux pleins d'espoir
Et son sourire un peu hagard
Son air de dire "Emmène-moi
Je suis pour toi"

Il lui a tendu les bras
Elle a été toute sa joie ce jour-là
Un an de vie sans amour
Elle aurait pu etre son toujours, son toujours

Elle l'a senti différent
Pis il était un peu trop grand
C'était pas lui son petit ange
Elle lui a pas donné sa chance

Comme s'il avait choisi sa vie
Sa famille, ce lieu pourri
Sa naissance, ses chromosomes
Sera-t-il un jour un homme?

Tout ce qu'elle a pu pour lui
Faire semblant une après-midi qu'il était son fils
Puis partir et oublier
Ou bien du moins essayer, essayer

Un autre enfant a pris sa place
Il a occupé tout l'espace
Le destin lui a offert la chance
D'un petit plus sur la balance

Celui qui était différent
Mourra peut-être dans deux ans
Sans jamais avoir découvert
La tendresse d'une mère

Et dans son esprit trop simple
Il garde l'image de ces femmes
Toutes mamans improbables
Sur sa joue coule une larme


mardi 23 septembre 2008

Texte très perso, genre d'autobiographie commencée pour un devoir



(Le principe est que chaque chapitre traite d'un de mes anniversaires, en s'appuyant sur une photo de famille)









Un an









La photo en noir en blanc, aux bords dentelés, montre un bébé joufflu, couvert d’un bonnet tricoté main, sur les genoux d’un homme souriant. L’homme fixe l’objectif, mais le bébé n’est intéressé que par le gâteau sur la table. Choisi et commandé pour la circonstance, c’est une génoise fourrée de crème pâtissière, parsemée d’éclats de noisettes et recouverte d’un glaçage blanc du plus bel effet. Dessus, est écrit d’un trait voluptueux et chocolaté : « Joyeux Anniversaire Stéphanie-Jacqueline J’ai 1 an ». Une belle bougie trône au centre, blanche, épaisse, torsadée, et sa flamme est parfaite. Bref, le gâteau d’anniversaire exemplaire, comme on en voit dans les livres d’enfants.

Le monsieur qui prête ses genoux, c’est mon parrain. Le bébé, c’est moi. Je regarde la table d’un oeil circonspect. Celui qui me prend en photo ne m’intéresse pas le moins du monde. M’a-t-il seulement appelée, mon père, pour que j’orne de mon sourire ou de mon regard une si précieuse photographie ? Ou bien voulait-il seulement immortaliser la pâtisserie qui lui avait certainement coûté très cher ? Papa prend donc une belle photo de l’évènement, et me voilà, trente et un ans plus tard, à me demander si je dois me réjouir d’avoir eu un si beau gâteau d’anniversaire, ou bien me désespérer de n’avoir pu lui ravir la vedette.



« Allez, boude pas ! T’es dessus non ? S’il avait voulu une photo du gâteau seul, il en aurait fait un gros plan. Ça lui est arrivé souvent, par la suite. »

Comme d’habitude, la voix de ma conscience m’intime le silence. Je n’ai toujours pas déterminé si elle jouait dans mon camp ou en adversaire. Elle est toujours à me contredire, à me remonter les bretelles, sur un ton que je n’admettrais de personne pour peu qu’il soit en chair et en os. Jamais un mot gentil, jamais une approbation ; parfois un vague encouragement qui tient plus du coup de pied aux fesses que de la parole réconfortante. Tantôt je me la représente en cruel maître Samourai, tantôt en grande punaise dont la seule ambition est de m’écraser. Heureux soient ceux dont la conscience a le doux visage d’un ange ou d’un criquet...



Revenons à la photographie. C’est l’été, je le sais parce que je suis née le 16 août, mais on ne s’en rend pas compte au premier coup d’oeil. Le soleil, en nuances de gris, rend moyennement bien. La plupart de mes photos d’enfance sont en noir et blanc. Peut-être que la couleur coûtait trop cher à l’époque ? Enfin, je dis « à l’époque », mais c’était pas il y a cent ans non plus ! Pourtant, tout a changé si vite en cette période, entre 1970 et 1980... Ma soeur aînée m’a raconté que dans mes plus jeunes années, j’avais connu le beurre à la pesée, les poissons dans le papier journal, les bouteilles consignées... Les « hyper »marchés n’étaient encore que « super », et les caddies se baladaient librement sur les parkings dépeuplés. Traitez-moi de folle, mais je regrette de n’être pas née un peu plus tôt, quand il y avait encore des champs au milieu des villes, des voitures qui restaient au garage, des bus aux sièges en plastique orange... Je suis une grande nostalgique de l’avant-moi. Je ne peux m’empêcher de relier le début de la dégénérescence de notre civilisation à mon arrivée sur terre.

J’ai toujours eu le sentiment d’être de trop. Je suis un « accident ». Comprenez : mes parents n’avaient pas prévu ma conception. Je suis même un double accident : point de recours à la procréation assistée comme pour mes soeurs. Qu’est-ce qui a déraillé, là-haut, je n’en sais rien, mais voilà, amen, j’ai débarqué là où on ne m’attendait pas. Est-ce que cela me confère un destin particulier, ou au contraire, une navrante prédisposition à mettre les pieds dans le plat ?..

Papa avait quarante-cinq ans, et maman, quarante-deux, lorsque le docteur s’est exclamé « Félicitations ! Madame est enceinte ! De trois mois ! Quelle bonne surprise... non ?! » .

Madame a failli tomber dans les pommes. Elle a protesté : « Quoi ?! Mais c’est pas vrai, c’est impossible, enfin ! Je suis ménopausée depuis deux ans ! ». Le docteur a souri ; évidemment, il ne savait pas quoi répondre. Sans doute pensait-il aux merveilleux caprices de la biologie, un monde infini à explorer pour les savants de son espèce, et surtout, à l’éternelle et bienveillante Providence qui couvre les incapables. Ma mère est rentrée chez elle, le regard absent et la boule au ventre. Heureuse ou effondrée, je ne sais pas. Sûrement les deux. J’imagine qu’elle a passé le reste de la journée à tourner en rond, tourmentée par mille questions, emportée tout à tour par des bouffées de joie et des élans de panique. Incapable de penser à autre chose, s’asseyant sans cesse pour s’exclamer « C’est pas vrai ! », ignorant le téléphone qui sonnait : si c’était mon père, elle ne saurait lui cacher la vérité, qui méritait tout de même un face à face pour être dévoilée. Ne sachant peut-être même pas si elle la dévoilerait, ou si elle ferait disparaître le bébé en secret.

Je sais seulement que dès que mon père est rentré, elle lui a appris la nouvelle, sans manières, brutalement. Les petits chaussons de bébé dans une boîte cadeau, le test de grossesse empaqueté, ce sont des frivolités réservées aux parents qui ont vraiment attendu un enfant. Moi personne ne m’attendait, on m’a juste reçue, comme un bébé qui tombe du ciel et qu’un pauvre malheureux, au sol, rattrape par réflexe tout en sachant déjà que ce geste va probablement causer une montagne de soucis indésirables. On ne m’a pas « attendue ». Voilà que je réalise en écrivant pourquoi je suis toujours désespérément en retard, pourquoi je me « fais attendre ».

Papa a vacillé. Dans « chancelé » il y a « chance », et ce n’est sûrement pas ce mot qu’il avait à l’esprit. Par contre, « vacille » ressemble à « bacille » et la notion de microbe me paraît plus adéquate. Il s’est appuyé au mur de sa chambre, et dans un éclair de lucidité, a lâché : « Oh m... ! Mais je vais devoir travailler combien d’années en plus pour l’élever ?! Pffff ! Je suis pas encore à la retraite ! »

Après... Ont-ils passé la soirée à en discuter à voix basse, à peser le pour ou le contre ? Se sont-ils disputés ? Ont-ils ouvert une bouteille de champagne pour fêter l’évènement, rejoignant très vite le parcours des parents « normaux », ceux qui ont désiré leur bébé ? Combien de temps ont-ils attendu avant d’informer mes soeurs ? Leur ont-ils demandé leur avis avant de décider si la famille me gardait ou pas ? Entre nous, je n’y crois guère. Ce n’est pas leur genre. Non, mais j’oublie qu’ils étaient d’autres parents, à ce moment-là. Des parents de quarante ans avec deux filles en fin d’adolescence.

vendredi 29 août 2008

Nouvelle vie

Depuis trois semaines, je m'installe dans ma nouvelle vie de célibataire. J'ai un petit appart, sympa quand même. Je vis en plein centre du village et j'adore ça. J'ai pas de jardin ni de balcon, mais quand je sors pour fumer une clope y'a toujours qqu'un de sympa pour taper la discute avec moi. Le matin, quand les filles se lèvent, elles se précipitent à la boulange d'en face pour acheter du pain frais, et des croissants les jours fastes. Mes voisins sont cool et sympas. Mon bar préféré est à deux pas. En gros, je kiffe cet endroit.

Pourtant ça a été dur d'abandonner la maison.
Mais je marche droit devant, en essayant d'apprécier ce que j'ai sans regretter ce que je laisse derrière.
C'est la première fois que j'en suis capable.
J'espère ne pas être trop irréaliste. En même temps, la peur n'a jamais fait avancer personne.